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Samedi 19 janvier 6 19 /01 /Jan 11:11

Lu, sous la plume de Gilles Ratier, sur le site d'infos Bdzoom, un article sur un nouvel ouvrage critique de Thierry Groensteen. Voici ci-dessous le premier paragraphe :
"Après «La bande dessinée, un objet culturel non identifié» (essai, publié aux éditions de l’An 2, que certains pourront cependant juger discutable sur certains points, particulièrement ceux où l’auteur privilégie sa vision, souvent élitiste, de la bande dessinée, au détriment d’une conception plus populaire), l’ancien rédacteur en chef des Cahiers de la bande dessinée, collaborateur au Monde des Livres, directeur du musée de la bande dessinée d'Angoulême, fondateur de la revue Neuvième Art, auteur de nombreux ouvrages relevant de la sémiologie, de l'histoire, ou de la sociologie du 9ème art, et actuellement directeur de la collection «Actes Sud - L'An 2» (après une expérience comme éditeur indépendant), a encore écrit un livre qui fera date !" (...)
Toujours agacé de cette véritable madeleine qui oppose "élitisme" à "populaire" au sein de la bande dessinée, j'en profite pour livrer un extrait d'une interview de LL de Mars, paru dans Jade 390U
" (...) Quand tu es écrivain, ou peintre, les définitions existent depuis très longtemps alors que pour les auteurs de bande dessinée, tu as vraiment l’impression que la question de savoir ce qu’est ou non une bande dessinée n’est pas quelque chose de réglé. Je vois bien que, pour certains, se superposent aux questions technologiques des questions éthiques ; c’est-à-dire que si quelqu’un par exemple te dit : « une bande dessinée c’est quelque chose qui échafaude un récit, qui doit être rendu clair et compréhensible par le dessin », il a déjà une idée politique de ce qu’est la bande dessinée puisqu’il se place du côté de l’interprétant. Moi, je m’en branle de l’interprétant. Je considère qu’un artiste n’a pas à s’en soucier. Il sait que ça existe mais ne doit surtout pas précéder cette existence d’un fantasme : s’imaginer en gros à quoi va ressembler son lecteur. Ce fantasme du lecteur pour certains est intégré à la bande dessinée. Parce qu’un dessinateur de bande dessinée peut très bien appliquer comme propriété de la bande dessinée ce qu’il croit être une de ses composantes sociologiques, à savoir, d’être un medium populaire, dans ce cas là, il s’en soucie du lecteur. C’est un fantasme ! Il se trompe ! D’abord, un medium ne saurait être populaire ou impopulaire, ça n’a pas de sens. Je veux dire, il existe des littératures populaires ou non, des peintures populaires ou non. La bande dessinée n’est pas en soi, intrinsèquement populaire ou pas, et d’autre part, on ne rend pas justice à son lecteur en l’imaginant, au contraire, on le réduit. Ceux qui auraient ce mouvement, par exemple, réduiraient à néant leur désir parce que voulant servir un lecteur imaginaire, ils ne servent plus de lecteur du tout, sinon une espèce d’homme moyen qui n’a jamais existé. C’est juste idiot !
Alors ça c’est des détails sociologiques... Il y a des détails moraux, aussi, qui rentrent pour certains dans les composantes de la bande dessinée, qui en font valoir les vertus éducatives comme une des composantes essentielles de la bande dessinée. Certains ont ce même regard sur la littérature, pensant qu’elle est là pour instruire de quelque chose sans imaginer qu’elle compose sa vérité sans souci d’avoir pour objet la vérité. Si tu penses la bande dessinée comme ça, tu as une composante morale qui s’y rajoute.
(...) La bande dessinée plus que n’importe quelle pratique est traversée par des fantasmes. Sur sa nature technique, sur sa nature sociale, sur sa nature éthique. Toutes ces composantes fondent, en fait, un objet qu’il serait stupide de tailler en pièces. Si sa définition pose un problème, c’est peut être propre à une somme de malentendus qui la rendent difficile à situer dans le parc des activités humaines. Certains la placent effectivement dans l’histoire des médias, d’autres dans l’histoire des arts. De fait, la question n’est même pas censée se poser. Ce qui définit le fait qu’une œuvre soit une œuvre d’art ou pas, c’est pas du tout ses composantes techniques ou plastiques, c’est ses enjeux. Tout simplement, la façon dont ça se positionne socialement."

N'oubliant pas que l'un des maitre-mots de Thierry Groensteen est qu'il n'y non pas UNE bande dessinée mais DES bandes dessinées, que le contraire de "populaire" n'est pas "élitiste" mais "impopulaire" et pensant que ce glissement de sens n'est pas tant dû au hasard du choix des mots qu'à un regard politique -et donc partisan. Il existe plusieurs sens à populaire, aucun n'a de raison d'être intrinsèquement lié -ou pas- à la bande dessinée. Elle n'émane pas du peuple, mais de ses acteurs : les auteurs. Elle n'est pas destiné "au peuple" mais à ses lecteurs, qu'ils soient vaguement du peuple, de l'élite ou encore ouzbeks.
Qu'après "certains", comme le précise Gilles Ratier, n'apprécient pas qu'on en parle, l'explique, l'historicise, dans un discours qui passera nécessairement par quelques notions intellectuelles, qui là encore n'a que peu à voir avec l'élite, c'est un choix, parfaitement acceptable mais bien toujours partisan. Il sera donc difficile de coller systématiquement le critère élitiste à des tentatives d'approfondissements de lui adjoindre une volonté partisane douteuse puisque peu "populaire", car c'est bien ce que sous-entend sempiternellement cette opposition forcée entre élitisme et populaire, ce que ne commet pas Thierry Groensteen en rappelant que la bande dessinée est plurielle.
Elle n'appartient pas plus au peuple qu'aux intellectuels, arrêtons de la prendre en otage en leurs noms.
_bug_fck
Par 6pieds
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