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Samedi 19 janvier 6 19 /01 /Jan 11:11

Lu, sous la plume de Gilles Ratier, sur le site d'infos Bdzoom, un article sur un nouvel ouvrage critique de Thierry Groensteen. Voici ci-dessous le premier paragraphe :
"Après «La bande dessinée, un objet culturel non identifié» (essai, publié aux éditions de l’An 2, que certains pourront cependant juger discutable sur certains points, particulièrement ceux où l’auteur privilégie sa vision, souvent élitiste, de la bande dessinée, au détriment d’une conception plus populaire), l’ancien rédacteur en chef des Cahiers de la bande dessinée, collaborateur au Monde des Livres, directeur du musée de la bande dessinée d'Angoulême, fondateur de la revue Neuvième Art, auteur de nombreux ouvrages relevant de la sémiologie, de l'histoire, ou de la sociologie du 9ème art, et actuellement directeur de la collection «Actes Sud - L'An 2» (après une expérience comme éditeur indépendant), a encore écrit un livre qui fera date !" (...)
Toujours agacé de cette véritable madeleine qui oppose "élitisme" à "populaire" au sein de la bande dessinée, j'en profite pour livrer un extrait d'une interview de LL de Mars, paru dans Jade 390U
" (...) Quand tu es écrivain, ou peintre, les définitions existent depuis très longtemps alors que pour les auteurs de bande dessinée, tu as vraiment l’impression que la question de savoir ce qu’est ou non une bande dessinée n’est pas quelque chose de réglé. Je vois bien que, pour certains, se superposent aux questions technologiques des questions éthiques ; c’est-à-dire que si quelqu’un par exemple te dit : « une bande dessinée c’est quelque chose qui échafaude un récit, qui doit être rendu clair et compréhensible par le dessin », il a déjà une idée politique de ce qu’est la bande dessinée puisqu’il se place du côté de l’interprétant. Moi, je m’en branle de l’interprétant. Je considère qu’un artiste n’a pas à s’en soucier. Il sait que ça existe mais ne doit surtout pas précéder cette existence d’un fantasme : s’imaginer en gros à quoi va ressembler son lecteur. Ce fantasme du lecteur pour certains est intégré à la bande dessinée. Parce qu’un dessinateur de bande dessinée peut très bien appliquer comme propriété de la bande dessinée ce qu’il croit être une de ses composantes sociologiques, à savoir, d’être un medium populaire, dans ce cas là, il s’en soucie du lecteur. C’est un fantasme ! Il se trompe ! D’abord, un medium ne saurait être populaire ou impopulaire, ça n’a pas de sens. Je veux dire, il existe des littératures populaires ou non, des peintures populaires ou non. La bande dessinée n’est pas en soi, intrinsèquement populaire ou pas, et d’autre part, on ne rend pas justice à son lecteur en l’imaginant, au contraire, on le réduit. Ceux qui auraient ce mouvement, par exemple, réduiraient à néant leur désir parce que voulant servir un lecteur imaginaire, ils ne servent plus de lecteur du tout, sinon une espèce d’homme moyen qui n’a jamais existé. C’est juste idiot !
Alors ça c’est des détails sociologiques... Il y a des détails moraux, aussi, qui rentrent pour certains dans les composantes de la bande dessinée, qui en font valoir les vertus éducatives comme une des composantes essentielles de la bande dessinée. Certains ont ce même regard sur la littérature, pensant qu’elle est là pour instruire de quelque chose sans imaginer qu’elle compose sa vérité sans souci d’avoir pour objet la vérité. Si tu penses la bande dessinée comme ça, tu as une composante morale qui s’y rajoute.
(...) La bande dessinée plus que n’importe quelle pratique est traversée par des fantasmes. Sur sa nature technique, sur sa nature sociale, sur sa nature éthique. Toutes ces composantes fondent, en fait, un objet qu’il serait stupide de tailler en pièces. Si sa définition pose un problème, c’est peut être propre à une somme de malentendus qui la rendent difficile à situer dans le parc des activités humaines. Certains la placent effectivement dans l’histoire des médias, d’autres dans l’histoire des arts. De fait, la question n’est même pas censée se poser. Ce qui définit le fait qu’une œuvre soit une œuvre d’art ou pas, c’est pas du tout ses composantes techniques ou plastiques, c’est ses enjeux. Tout simplement, la façon dont ça se positionne socialement."

N'oubliant pas que l'un des maitre-mots de Thierry Groensteen est qu'il n'y non pas UNE bande dessinée mais DES bandes dessinées, que le contraire de "populaire" n'est pas "élitiste" mais "impopulaire" et pensant que ce glissement de sens n'est pas tant dû au hasard du choix des mots qu'à un regard politique -et donc partisan. Il existe plusieurs sens à populaire, aucun n'a de raison d'être intrinsèquement lié -ou pas- à la bande dessinée. Elle n'émane pas du peuple, mais de ses acteurs : les auteurs. Elle n'est pas destiné "au peuple" mais à ses lecteurs, qu'ils soient vaguement du peuple, de l'élite ou encore ouzbeks.
Qu'après "certains", comme le précise Gilles Ratier, n'apprécient pas qu'on en parle, l'explique, l'historicise, dans un discours qui passera nécessairement par quelques notions intellectuelles, qui là encore n'a que peu à voir avec l'élite, c'est un choix, parfaitement acceptable mais bien toujours partisan. Il sera donc difficile de coller systématiquement le critère élitiste à des tentatives d'approfondissements de lui adjoindre une volonté partisane douteuse puisque peu "populaire", car c'est bien ce que sous-entend sempiternellement cette opposition forcée entre élitisme et populaire, ce que ne commet pas Thierry Groensteen en rappelant que la bande dessinée est plurielle.
Elle n'appartient pas plus au peuple qu'aux intellectuels, arrêtons de la prendre en otage en leurs noms.
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Lundi 14 janvier 1 14 /01 /Jan 12:13
Nous profitons de la mise en lumière certaine du grand auteur argentin José Muñoz lors de cette année 2008 pour extraire de nos archives un long entretien avec l'auteur paru dans la revue Jade en 1997.

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La Sublime Impuissance du Métèque aux Pupilles Transparentes

On ne sort pas indemne d’une rencontre avec José Muñoz. Qui plus est lorsque Edmond Baudoin est de la partie. Auteur, avec son indissociable compagnon de route Carlos Sampayo, entre autres de Sophie comics, Sueurs de métèque où encore la série des Alack Sinner, exilé argentin vivant à Milan, Muñoz est tout le contraire d’un postillon. Volcan graphique, il distille de ses mille et une langues des paroles que l’on souhaiterait emballer dans du papier de verre tant elles s’entrechoquent, fusionnent, blasphèment et racontent la vie.Muñoz est ce cuisinier de situations, cet orpailleur multiculturel avec qui l’on s’aniserait volontiers dans un tripot planétaire. Mêlant dans un volapük d’espérance cuttée, l’espagnol, l’italien, le français, Muñoz mélange la pensée universelle de ses personnages jubilatoires. Et pose sans cesse des questions. Sans cesser de tenter des réponses.


undefined Carlos Sampayo & José Muñoz, Frontignan, juin 2001


Les personnages qu’il nous intéresse de raconter, à Sampayo et à moi, sont liés à notre histoire, à notre vision de l’Argentine très riche des années 60, cette démocratie pas très démocratique, cette dictature pas très dure qu’on appelait péronisme. Nous avons vécu des choses extraordinaires, vu des choses toute aussi belles, mangé des plats du monde entier. Nous, Argentins, descendons d’un navire, d’une époque à l’intense brassage culturel avec des morceaux d’Italiens, d’Espagnols, de Polonais. Dans cette terre de nos ancêtres, nous regardions dans cinq-dix directions différentes grâce à ce regard multiple que nous avions. Cela nous a confortés dans notre impression qu’il est possible d’ajouter quelque chose à soi sans éclater, quelque chose de la vision de l’autre. Après cette période, l’Argentine est entrée dans une autre histoire. Je ne suis pas un professionnel de la clarté du monde. Je m’arrange bien.

Jade : En 1986, vous publiez Sudor sudaca (Sueurs de métèque). Quel est le regard que vous portez aujourd’hui sur l’idée de métèque car on sent, notamment dans la série Joe’s Bar, un regard très dur. Des gens se côtoient, peuvent peut-être mélanger leurs sueurs mais leurs paroles ne passent pas. Elles sont envoyées, criées mais pas données, communiquées. D’où cette impossibilité à la mixité. Sauf peut-être par la sueur…

José Muñoz :
La difficulté des relations… On est des supporters du mélange. Mais le mélange n’est pas obligatoire ni toujours possible. Reconnaître l’autre est quelque chose de facile à dire mais de difficile à faire. Lorsque je retourne en Argentine, je vois que la plupart de ceux qui ont été jetés hors de l’histoire sont des descendants des indigènes, du mélange des espagnols et des indigènes, ou même des descendants des blancs pauvres qui sont restés en dehors du Buenos Aires riche. Les mots que vous employez et ceux que j’entends ont des contenus, des sens différents. Il peut y avoir un manque de compréhension… Alors vient la sueur, les larmes, le désir pour enfin paraître plus intelligent, en tant qu’espèce animale, que ce que l’on semble être. Le peu que je connaisse de la situation en France me fait dire qu’ici il y a beaucoup de tensions liées à pauvreté, à la race et à la religion. C’est un problème complexe mais il semblerait que certains fassent beaucoup d’efforts de volonté. Et c’est bien aussi, la volonté. Pour éviter d’exagérer la méfiance et la tension, sinon c’est l’éclatement.

Alack Sinner a l’air très désabusé. Comme s’il n’avait plus de volonté. Comme s’il n’y avait plus rien à tenter, qu’il était trop tard et qu’il acceptait sa solitude.

Alack Sinner, notre personnage, à Sampayo et à moi, est une partie de nos émotions, de notre regard autour de nos existences et de la réalité mêlant l’Italie des années 70, l’Espagne des années 80, notre voyage aux États-Unis et, aussi, notre fréquentation assidue de la France ces vingt dernières années. J’ai eu mon premier contact direct avec la langue française lorsque je vivais en Suisse francophone puis je me suis familiarisé avec ces mots, ce regard, que je connaissais déjà par le biais des productions culturelles vues dans l’Argentine de ma jeunesse. Toujours cette même histoire de mélange. Pour moi, ce fut d’ailleurs étrange, lors de ma première visite en Europe, de voir que tous ces pays n’étaient pas mélangés. Chacun dans sa maison. La culture italienne et la culture française n’ont pas de relations très proches par exemple. Vu d’Argentine, on pensait qu’avec l’expérience du marché commun, les gens s’étaient mêlés, un peu comme nous le faisions lorsque nous étions mômes dans les rues de Buenos Aires. J’ai été déçu de voir que les pays européens vivaient ensemble uniquement en se tournant le dos. L’histoire des luttes de pouvoirs entre groupes, entre ethnies dominantes, a entraîné la peur en Europe. Notamment entre les Français et les Allemands, il existe des héritages que l’on ne peut assumer avec les mots. Il y a des groupes, des minorités, des personnages dans nos histoires qui ont intérêt au mélange. Ce n’est plus un problème de volonté. On ne peut emprunter un intérêt, on est intéressé ou pas. Notre discours est de dire que c’est possible et c’est déjà pas mal. Sophie, Alack Sinner… Nos personnages sont une grosse partie de nous-mêmes, Muñoz et Sampayo, mais ce n’est pas nous. Aucun d’eux. On pourrait déterminer la part de notre influence propre à chaque fois : tel personnage est plus sampayen, tel autre est plus muñozien. Lorsque Sampayo et moi faisons notre cuisine, nos plats, nous savons ce que nous y mettons et quand nous avons bien travaillé, qu’il y a quelque chose de solide… La réussite du plat n’est pas loin.

On a l’impression que vos cases ne pourraient pas exister s’il n’y a pas plusieurs paroles en même temps. Et il y a systématiquement des retours à des cases qui sont un peu plus panoramiques. C’est peut-être l’aspect le plus optimiste de vos bandes dessinées.

J’ai presque toujours travaillé avec la sensation que lorsqu’on fait un cadre et qu’on arrive à mettre la tête dedans, le monde est uni. Très souvent, chaque fois que je finis un cadre multi-ordinaire, comme nous l’appelons, il y a quelque chose de continu. C’est le mystère de notre mystère. Et le plaisir de notre travail que cette sensation de donner un ordre aux cases. Dessiner Alack en premier plan, en train de parler à un autre personnage, puis, derrière lui, dessiner une situation qui a peut-être à voir avec la scène de premier plan, puis un troisième plan et des morceaux de vie dans le fond, des gens en train de passer, Sampayo et moi-même qui sommes en train de discuter. J’aime beaucoup ce regard, ce panoramique, ce que l’on peut voir d’où qu’on soit dans le monde.

On peut certes passer la tête dans la case mais on a l’impression qu’une seule pensée ne peut exister sans qu’une autre existe aussi. Une langue n’existe pas sans qu’une autre langue apparaisse par ailleurs. Et d’un seul coup, elles vont se rencontrer…

Oui, ce sont les étincelles des choses qui se touchent. Quand vous aimez une personne, il y a des étincelles réelles clans votre imagination. Il y a aussi un pan de regard oriental qui dit que l’amour invente une atmosphère, une transformation de l’espace immédiat. Le corps, les idées, le regard… quand cela fonctionne bien, ça s’appelle le plaisir de vivre. Quand la vie vous fait le cadeau d’échanger des étincelles avec les autres, des morceaux d’idées qui sont en train de se mélanger devant toi, qui viennent du derrière de toi… C’est extraordinaire. Du travail s’effectue derrière, dedans et à travers tout humain et peut-être que, de là, une étincelle arrivera à voyager. Je suis ému, en ce moment, de voir les sensations qu’a provoquées notre travail auprès de beaucoup de gens de ce pays, d’Argentine aussi, des gens de la presse, du milieu de la culture… Lorsque j’ai la sensation que notre travail a provoqué une petite étincelle, je deviens fou. Parce qu’on a eu des failles, car vivre est un métier dangereux. On est écorchés, on a des blessures, on a commis des erreurs… Nous sommes des fabricants d’erreurs mais aussi des fabricants de vie, des transmetteurs de joie de vivre dans ce monde de peu de pitié. Nous sommes des merveilles manquées.

Cette idée de plan, contre-plan faisait un peu penser au cinéma de Fellini…

J’aime beaucoup, sentimentalement et émotivement, son cinéma. Les premières périodes de Fellini, ses films plus écrits. Après, Fellini est devenu ce grand artiste-peintre social. Il existe deux Fellini qu’on retrouve bien dans Amarcord, par exemple. Il m’a transmis quatre ou cinq Italie différentes qui m’ont marqué. J’ai vécu la dernière en voisin car je vivais à Milan. Nous ne nous connaissions pas mais nous étions proches car je comprenais mieux ce pays. Quand je suis arrivé en Italie, je pensais que j’étais enfin dans le film. Notre culture figurative, filmique, c’est aussi l’extraordinaire cinéma noir et blanc français des années 30 et 40. C’est très difficile de voir ces films en Italie alors qu’en Argentine, on trouve un morceau de la France, de l’Italie. Aujourd’hui moins car le libéralisme étasunien a envahi l’espace. Aujourd’hui, Buenos Aires, qui est notre obsession préférée à Sampayo et à moi-même, est plus étasunienne qu’européenne. Les types de vêtements, de chevelures, de dessin… Miami, Dallas… il y a une relation de domination presque pathétique par moments tout autour de nous. Nous sommes dominés par le manque de culture des États-Unis.

Hollywood et Alan Parker vont justement tourner en Argentine Evita un film sur Eva Peron avec, dans le rôle-titre, Madonna. Que pensez-vous des manifestations anti-Madonna et des propos de Carlos Menem et de l’Église catholique disant qu’elle allait donner une mauvaise image de la femme argentine ?

C’est encore cette même histoire qui se répète sans cesse du capital qui peut toucher à l’Histoire sans la respecter. On a l’argent et on fait ce qu’on veut. Midnight Express était un film intéressant, terrible, pas seulement terrible, mais je ne sais pas ce qu’Alan Parker va faire de la légende de Madonna. Cette petite fille du peuple qui, comme Eva Peron, a atteint des sommets en passant des accords avec le pouvoir. Eva Peron a réussi à couronner son existence en se mariant avec le mâle le plus en vue de l’Argentine des années 40. Un mâle généreux. Les histoires de Madonna et d’Evita sont voisines. Je crois que Madonna n’est pas sérieuse mais astucieuse. Un peu fourbe. Mais il est ridicule de dire qu’elle ternirait l’image de la femme argentine. Parce que Madonna, comme Eva Peron, est allée au lit avec des hommes sans les aimer. Et nous aussi, les hommes, nous sommes souvent allés au lit avec des femmes sans les aimer. En les désirant. Alors, il est difficile de condamner quelqu’un sur ce terrain-là. Madonna est plus fourbe qu’intéressante. Peu d’imaginaire là-dedans. Madonna n’est pas ma maman. Je suis plutôt accroché à l’image des grandes actrices internationales d’avant. Silviana Mangano, Rita Hayworth, je suis de cette époque quant à l’image de la grande femme internationale. Cette fixation de songe collectif. Pascale Petit, aussi. Nous parlons intimement, non ? Quand j’ai commencé à regarder les films noir et blanc de la France des années 60, de la Nouvelle vague, Paris, la lumière et l’obscurité, ce type de perversion urbanisée, ce type de maladie, de mort, ce type d’agressivité avec les autres mais très raffinée. Jean-Louis Trintignant, Laurent Terzieff, Gérard Blain incarnent bien ces sentiments. Pascale Petit, Mylène Demongeot, Anna Karénine. On rêvait cette France cinématographique. On la mélangeait à la France des années 30. Alors, Madonna oui, Madonna non ? Menem n’est pas sérieux non plus. Il est clownesque. C’est l’adjectif qui qualifie le mieux les clowns, non ?

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Que s’est-il passé depuis Billie Hollyday, votre dernier album paru en français en 1991 ?

Depuis Billie Hollyday, que nous avons fait dans les années 89-90, Sampayo a été gravement malade et on n’a pas travaillé ensemble jusqu’à maintenant. Je ne vous raconte pas la maladie, qui a été terrible. J’ai utilisé ces dernières années pour faire un autre type d’image avec d’autres couleurs et d’autres mesures. J’ai fait des expositions qui se sont déroulées début 1996 à Milan, présentant des personnages sans histoires, la périphérie extrême de Buenos Aires, les victimes du libérisme sauvage, sur un scénario très ingénieux, comme on dit… En fait, un truc auquel on ne comprend rien. Un travail dans le sens d’une hypothétique bande dessinée où j’aurais choisi la case 3 de la planche 15, puis j’ai fait le dessin 2 de la planche 7. Ce travail est une histoire mentale, tout droit sortie de mon cœur si vous voulez, parce que je suis narratif -je n’en ai pas honte- et j’avais isolé des cases, je les avais agrandies et colorisées. C’est de cette façon que j’ai travaillé la bande dessinée ces dernières années parce que je suis impressionné par ce qui se passe dans mon pays. Je vois l’Argentine en face chaque année, c’est ma fille, ma famille d’origine et je regarde la destruction d’un pays, de ce pacte collectif qu’est la société, par un libérisme sauvage. Le sujet de mon histoire, c’est la merde. Et le scénario est horrible. J’ai également travaillé sur l’image de cette Italie des années 90, cette découverte de la corruption totale du monde politique, le fait que tout le monde avait de l’argent tâché, pourri dans les mains. J’ai mêlé Milan et Buenos Aires parce qu’en Italie, la tentation est également très forte de faire vaincre le libérisme. Voilà, ce sont mes trois dernières années de dessinateur et d’artiste-peintre.

Artiste anti-libéraliste ?

Anti-libériste. Nous faisons une différence entre le libérisme et le libéralisme. Le libéralisme n’est pas toujours de la merde. La dictature du marché aujourd’hui est si forte. En Italie, je pourrais être considéré comme un conservateur car je veux conserver un État moderne : je ne suis pas suffisamment révolutionnaire pour vouloir retourner au Moyen Âge. Les planches que j’ai faites ces trois dernières années -dont une partie a récemment été publiée dans A Suivre- tournent autour d’un bar, mon bar à Milan, le dernier bar humain que la spéculation immobilière nous a pris. C’était le dernier endroit où l’on pouvait parler, jouer avec des amis, des connaissances de bar de différentes origines sociales qui viennent se mélanger là. La pétanque, le baby-foot… il manquait même le flipper, c’était génial. Ces cinq derniers étés, nous étions là avec des amis et ce fut extraordinaire. On y travaillait avec Sampayo et on retrouvait ce type de choses que l’on faisait auparavant dès que l’on trouvait un bar où l’on pouvait être soi-même. Une sorte de vivier. Aujourd’hui, il est plus difficile pour quelqu’un de mon âge de trouver un bar où il se sente vraiment bien. Par exemple à Milan, la plupart des bars sont devenus des machines institutionnelles à te prendre de l’argent. Après, ils te jettent dehors. À Buenos Aires, les bars de la vieille cité sont devenus des endroits très luxueux avec du faux or et du faux argent, beaucoup de choses que l’on dit modernes. Ils sont surtout agressifs et morts… En fait, je crois peut-être que je suis fâché parce que le temps passe (rires).

Dans Sudor Sudaca, l’importance du lieu existe tout le temps…

Ma famille tenait un bar à 50 km du centre de Buenos Aires : le Bar La Marta. Pendant dix-douze ans, les Muñoz ont tenu ce bar à Pilar où j’habitais. Alors, pour moi, tout cela est normal : arriver au bar, apporter à midi le repas chaud à mon père qui y travaillait, et regarder tous ces gros hommes, cet Argentin du début des années 50, dans cette petite ville où la confrontation entre les gros mâles du Parti péroniste et les hommes du Parti radical (parti de la classe moyenne)… À la fin, le bar était un endroit de réunions et de discussions de ce type de tribus, jusqu’à ce que mon père et son frère, qui étaient en lutte avec ces gens, aillent en prison après un problème avec des armes. C’était un peu le Far-west. Je me souviens, par exemple, que la première fois que j’ai vu la télévision, c’était dans le bar de mon papa. Et je revois cet homme qui a jeté quelque chose sur la télévision parce qu’elle interrompait la conversation. On a dû la fermer avant la catastrophe. Je ne sais plus combien coûtait une télé dans les années 50 mais c’était cher. Après, dans ma jeunesse, on se retrouvait avec des amis dans des bars du quartier des cinémas à Buenos Aires. Le matin, nous voyions un film de la Nouvelle Vague, l’après-midi du néo-réalisme italien ou un Bergman, la nuit quelques films nord-américains et, à la fin de la journée, nous retournions dans cette folie du mélange de toutes les contributions culturelles, les bars, les amis et les conversations du centre de Buenos Aires, avant de rentrer à notre maison, à 10 km de la capitale. À l’époque, je travaillais comme ouvrier pour un fabricant de robinets. J’avais 13 ou 14 ans. Au même moment, j’étudiais avec Breccia a l’École Panaméricaine d’Art et, également, avec un artiste argentin d’origine italienne, Cerantonio. J’étudiais la peinture et le dessin et Cerantonio ne voulait pas que je fasse de la bande dessinée. J’étais donc un militant clandestin. Le mercredi avec Cerantonio, j’étais un artiste et, le lendemain avec Breccia, j’étais un maudit artisan de l’art appliqué (rires). Cerantonio était un personnage fabuleux mais il ne pouvait stopper mon désir de faire de la bande dessinée. Et, après trois ou quatre ans, lorsque je lui ai avoué que j’étais également un militant clandestin de la bande dessinée, il m’a regardé avec des yeux tristes…

Edmond Baudoin : Je peux poser une question. Mais peut-être que cela va dévoyer la conversation. C’est un débat. Je t’écoute et je vibre à l’intérieur. Ton âge et le mien sont un peu les mêmes. Et notre histoire et la culture. Non pas la culture de tous les livres, la culture de tous les films, la culture de toutes les femmes, mais aussi cette culture du temps, des jours et des jours qui s’additionnent. Depuis le temps que je fais cette chose-là, me promener, regarder, entendre des vies -je ne me drogue pas, je ne bois pas, je suis relativement sérieux-, je suis malade de sensibilité avec le monde… Il y a comme une écorchure continuelle due à mon impuissance à pouvoir dire ce que je sens. Parce que le geste, c’est ça (il taillade d’une main une arabesque dans l’air comme un trait de pinceau violent). Il y a la maîtrise de ce que tu peux essayer de mettre sur la page et il y a aussi le fait que, des fois, le trait est comme ça (seconde arabesque), il éclate parce que la page n’est pas assez grande, parce que, même si c’est un mur, ce n’est pas assez grand non plus. Parce que ce que tu dis et qui ne peut pas sortir, parce qu’on connaît l’impossibilité de le mettre sur la feuille, alors ça juste d’un coup de pinceau, on le détache…


Le geste picturique (Muñoz taillade l’air de sa main : tchac, tchac). On a besoin de gestes picturiques…

EB : Oui parce que ce n’est plus possible…
Vous prenez une ligne et vous écorchez la ligne et des fois elle devient très petite…

EB : C’est quelque chose que je sens bien chez toi. On pourrait dire cette sublime impuissance…
D’accord. Et la rage de cette impuissance : tchac thchac tccha tchaccc…

EB : On est malade de cette écorchure, de ne pas pouvoir éclater son corps…
Lorsque, pour la première fois de ma vie, j’ai travaillé sur du ciment frais (comme d’autres dessinateurs, Muñoz a réalisé une dalle lors du Festival d’Angoulême - Ndlr)
j’ai fait un gros plan du visage d’Alack Sinner. Les deux yeux, le nez et la bouche. Quand j’ai commencé à rentrer dans le ciment froid, chaque ligne était une blessure. Je comprenais une autre façon de dessiner les blessures. Chaque ligne était une blessure dans laquelle je commençais à jeter des morceaux de couleur. Quand j’ai compris la possibilité de dessiner avec ma main la profondeur de la blessure et de la coloriser, j’ai pris un grand plaisir. Avec ce nouveau matériel, tu peux aller au-delà de la blessure, vers la sculpture de la blessure. Dans l’Italie d’antan, les artistes et les artisans parlaient de la peinture, de la sculpture et du dessin comme les trois arts du dessin. La sculpture était pensée comme un art du dessin. C’est intéressant de penser comment et à quel moment dessiner, peindre et construire l’espace, ce mélange né ensemble, sont devenus des arts différents, diverses fenêtres sur le monde.
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Et travailler le ciment, tailler dedans, fait remonter l’eau à la surface…

C’est ça, à la fin de la ligne, il y a ces petites blessures d’eau qui sont des blessures dans la blessure. Heureusement que l’on travaille quelquefois avec les mains le matériel originel du mystère de notre vie, chair, plastique ou ciment, les marques du monde. Il est nécessaire de faire éclater l’espace et de changer, réfléchir sur la matière de son travail pour pouvoir se rafraîchir. Ces dernières années, je suis passé à d’autres couleurs parce que je trouvais quelques répétitions dans la résolution de la problématique du noir et blanc. Il me manquait fraîcheur et conscience de l’obstacle. J’avais oublié un peu la peur et je me devais de changer pour pouvoir me renouveler. Aujourd’hui, après cinq ans, mon retour au noir et blanc se fait avec une longue bande dessinée de 80 pages avec Jérôme Charyn, un écrivain new-yorkais. On travaille un personnage né a New York que nous avons bâti, Sampayo et moi, avec nos songes, nos cauchemars et nos rêves de Sud-américains. Dans ce délire, Charyn est aussi un personnage qui est venu du fond du cadre, ce gamin pauvre venu de quartiers très différents des quartiers pauvres de Buenos Aires. On a trouvé une certaine harmonie avec lui.

Beaucoup de vos personnages sont des exilés ou des oubliés. Même ceux qui sont chez eux donnent cette impression d’être à l’extérieur. D’être étrangers à eux-mêmes. Lorsqu’on discute avec d’autres latino-américains, l’image qu’ils ont de l’Argentin est celle d’un Européen du continent sud-américain. Même sur leur propre continent, trempés dans leur culture, les Argentins semblent être considérés comme des étrangers.

Je n’ai pas beaucoup voyagé en Amérique Latine. Je suis allé une fois au Brésil. C’est vrai qu’il y a un regard particulier sur les Argentins : on dit que les Péruviens descendent des Incas, les Mexicains des Aztèques et les Argentins du navire (rires). Et c’est vrai. Pour dire ça simplement, pour être compris : ils les ont tous tués. Les Espagnols ont tué, réduit en esclavage, pris les territoires des Indiens. Tous les civilisés de la première Argentine ont été jetés contre la Cordillère des Andes et la Patagonie. C’était 50 ou 100 pesos -mais le prix n’a aucune importance- si l’on ramenait des oreilles d’indigènes. Certains en on fait un commerce, des gens se laissaient couper les oreilles pour quelques pesos… mais les indigènes étaient encore vivants. Du coup, à la fin du siècle dernier, lorsque les troupes militaires de Buenos Aires chargèrent jusqu’aux fins fonds du pays, on payait 50 pesos pour chaque paire de testicules ramenée. Il y a des Argentins de merde, il y a des Argentins qui exhibent dans les autres pays latinos leur arrogance et leur ignorance. C’est un délit culturel de montrer votre joie de ne pas reconnaître l’autre. Mais ce n’est pas seulement argentin. Nous menons une lutte pour se sentir en accord avec nous-mêmes et, parallèlement, reconnaître les autres. On n’est pas étranger aux vertus et aux défauts de l’être humain. Au Brésil, nous sommes les tristes. L’Argentin est triste mais il pense. Ces lieux communs sont de la merde totale.

Est-ce qu’aujourd’hui en Italie, vous vous sentez toujours un métèque ?
Oui. Je suis parti de mon pays voici 25 ans. En 1972, peu avant la tempête militaire. Et Sampayo et moi, qui nous sommes connus en Espagne, n’avons pas pu y retourner pendant 12 ans. On était pas psychiquement préparé à l’exil mais à un séjour long. On devait rentrer à la maison, mettre en ordre nos impressions de voyage…

Un peu un exil à l’envers…

Nous sommes devenus exilés à l’étranger. Nous avons commencé comme voyageurs puis nous nous sommes retrouvés exilés. C’était une expérience. Une douleur, aussi. D’où cette sensibilité extrême avec laquelle on travaille dans notre vie quotidienne. Le fait de ne pas être chez nous ne nous donne pas le repos nécessaire et on est obligés d’en faire encore plus pour faire tourner la machine. Aujourd’hui, ma situation est réglée en Argentine comme en Italie ou en France, mais j’ai été un clandestin en Europe jusqu’en 1987. Muñoz était un sans papier. Un de ces jetés dehors que sont les Argentins, les Sud-américains, les Africains, toutes ces victimes de l’interprétation du marché. Je ne peux pas aller souvent en Argentine à l’heure actuelle car les prix y sont plus chers qu’en Italie. Un petit café dans un bar du coin coûte deux dollars. Deux dollars !!! Ma sœur a 55 ans et travaille quatre jours par semaine, 8 à 9 heures par jour, pour 450 dollars par mois. Un café, deux dollars. Et dans les bars du quartier du centre-ville, le quartier des riches, de l’entourage méneniste, c’est trois dollars. Je suis présent pour ma famille, ma maman et ma sœur qui habitent dans un quartier périphérique, par l’affection et par ce que je leur envoie car, en Argentine, la situation est sauvage. Vous vous promenez dans le quartier et vous croisez nombre de victimes du libérisme. Il y a des luttes terribles, pathétiques, dramatiques et ridicules comme celle qui oppose les taxis professionnels et les occasionnels moins chers. Ils se disputent le passager, mais celui-ci est aussi un être humain mis en dehors du système. 4 ou 5 millions d’Argentins sont dans le marché et 20 millions sont en dehors. Chaque cinquante mètres, il y a une fenêtre d’une maison qui est en fait un kiosque où les personnes vous regardent lorsque vous marchez sur le trottoir. Ils vendent des cravates, des allumettes, du chocolat, des choses diverses pour gagner un peu d’argent. Tout est autonome. Mais ce n’est pas autonome c’est autiste. C’est de l’autisme commercial.

EB : Et ça c’est Argentine, ça c’est Brésil, ça c’est Russie, ça c’est Tunisie, ça c’est fou et ça c’est liberté…

Liberté de mourir. Et de ne pas crier trop fort non plus parce qu’on est occupé. On ne veut pas être distrait. Tout cela est aussi matière à dessins et à histoires. Il y a toujours matière à histoires. Pour en revenir à la collaboration Muñoz/Sampayo, on a aussi, tout au long de ces années 70-80, voyagé ensemble comme amis et compagnons de la bande dessinée. On a traversé des plages de désespoir, de nuisances, de solitudes, des petits morceaux affectifs de relations amoureuses. Avec le vent de l’histoire et la sensation de ne pas rester englué. Aujourd’hui, le monde est une seule et grande histoire dans laquelle se reflète la difficulté de prendre et de construire de petites histoires. Pour raconter quelle histoire à qui ? C’est une réflexion un peu simple, mais il y a quelque chose de solide.


Réalisée à Angoulême en janvier 1997, par Thomas Azuelos, Joe Main & Edmond Baudoin

Copyright 6 Pieds sous terre édition, 1997
Photographie : copyright Laurent Delemotte / FIRN - Frontignan, 2001


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Dimanche 9 décembre 7 09 /12 /Déc 18:21
ratier-couv.gif Collection Monotrème
EDMOND FRANÇOIS RATIER par Florence Cestac
104 pages - Format 21x27,5 cm - noir et blanc - 15,00 Euros
Paru le 6 décembre 2007

Voici enfin l’intégrale d’un des personnages les plus attachants de l’univers de Florence Cestac ainsi que l’une des figures emblématiques des éditions Futuropolis et de la bande dessinée adulte des années 80. Les histoires qui composent cette intégrale sont tirées de Charlie mensuel (1982 à 1985), des collections X et Hic & Nunc (Futuropolis, 1986).  Edmond François Ratier, ça c'est du destin, ça c'est la vie ! Et Edmond François le sait bien et en profite : il vie des aventures en les couchant sur une page trop souvent blanche au fond d'un bistrot. Gouailleur, râleur, mais toujours avide d’en apprendre sur  les autres (des fois qu’il puisse les intégrer à ses récits). Cet ouvrage remet en lumière l’un des premiers héros décomplexés de la bande dessinée des années 80, personnage hommage à une certaine idée du polar à la française des années 50.

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Dimanche 2 décembre 7 02 /12 /Déc 12:06

reconfort-cover250.jpg Mercredi 5 Décembre 2007, de 18h 30 à 20h 30
Entrée libre – Réservation indispensable
 
L’Espace Han-Seine a le plaisir de vous inviter à la rencontre avec Stéphane Couralet (traducteur) et Jean-Christophe Lopez (6 Pieds sous terre) à propos du livre de Jung Kyung-a, Femmes de réconfort.
 
Rencontre, témoignage et débat sont au programme avec la participation de  Jean-Louis Margolin, auteur de L’Armée de l’empereur
 
Projection spéciale : My own breathing (1999, 77min), à partir de 21h
(Participation aux frais : 5€, avec une découverte/dégustation de la gastronomie coréenne)

Information et réservation : Tél. 01 40 46 80 40

Espace Han-Seine, 32 Rue Monsieur le Prince, 75006 Paris

Dossier de l'ouvrage en ligne sur Jadeweb

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Lundi 26 novembre 1 26 /11 /Nov 12:19
Bien que très en retard sur le planing initialement prévu, Strates, vaste monographie d'Ambre, commence à bien avancer. Quel plaisir incroyable de travailler sur ces pages extraordinaires, à la fois sobres de toute démonstration maniériste et si riches de textures et de sens. Les finitions prendront du temps, tout va être soigneusement  vu et revu afin de mettre en valeur les contrastes complexes de son noir et blanc si particulier.  Les noirs profonds, lisses ou rapeux, les noirs aquatiques ou vaporeux, sableux, la palette des gris, les blancs texturés par le papier ou intenses... L'ouvrage s'annonce à la fois réjouissant et difficile tant son profil d'ovni sera dur à défendre au milieu des formatages actuels de la bande dessinée. 16 pages en plus que le projet de départ sont déjà prévus, le choix du papier évolue sans cesse. Nous devrions finalement nous arrèter sur un couché demi-mat afin de préserver du mieux possible les pages en niveaux de gris sans sombrer dans l'immonde papier glacé qui transforme le noir en miroir sans vie. Les dernières finitions se définiront selon ce que l'imprimeur pourra nous proposer. Tranche-fil, signet, dos rond, gardes, nous verrons le moment venu. Voici déjà une image d'un récit de 13 pages, sans texte, se déroulant au fond d'un océan...
strates1.jpg Pour l'instant, la sortie est prévu en février avec, vague espérance, une avant-première à Angoulême. Mais c'est l'avancée du travail qui, en dernier ressort, tranchera les questions de dates.à la fois très réjouissantnti_bug_fck
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Jeudi 8 novembre 4 08 /11 /Nov 16:40
roberto-sortie.jpg Prévu pour une sortie le 15 octobre, puis le 30, c'est finalement ce 15 novembre que sort en librairie Roberto, le nouvel ouvrage d'Edmond Baudoin. Une thématique  plus dure que ces précédents ouvrages chez 6 Pieds sous terre, un petit livre s'aventurant sur les terres fuyantes des migrations dans un monde qui jette les hommes, les "gère" tels des poupées désincarnées à l'aune d'une modernité aveuglé de froideur. Que sont devenus tous les "Roberto" aspirés par les 30 glorieuses ? Que deviennent leurs enfants ? C'est tout l'enjeu du regard si humain d'Edmond Baudoin et de la reflexion qu'il développe dans ce livre.
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Vendredi 26 octobre 5 26 /10 /Oct 18:22
En juin 2007, faisant suite à la publication de l'ouvrage La Bredoute, de Fabcaro, quelques d'objets du catalogue furent  empaquetés et proposés à la visite dans un grand caisson de velours rouge...
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Mercredi 3 octobre 3 03 /10 /Oct 18:04

Le 18 octobre, 6 Pieds sous terre publie (encoédition avec Au diable vauvert) un manhwa dévoilant une part particulièrement sombre des guerres d'expansion du Japon dans la première moitié du XXe siècle.

Femmes de réconfort, esclaves sexuelles de l'armée japonaise
par
Jung Kyung-a

L'auteure, Jung Kyung-a, historienne de formation, rapporte des témoignages des anciennes victimes et retrace le fil de cette histoire douloureuse.

Pendant l'occupation de la Corée par le Japon, lors de la seconde guerre mondiale, près de 200 000 femmes coréennes ont été kidnappées, déportées, violées, battues, tuées, abandonnées. Peu en ont réchappé, et les survivantes sont restées blessées, physiquement et psychologiquement.
Jung Kyung-a, jeune auteure coréenne, raconte avec ce livre l’histoire vraie de ces "femmes de réconfort", envoyées dans les camps de l’armée japonaise pour y servir d’esclaves sexuelles.
Tout en restant précis et documenté, ce récit expose désormais, par le biais de la bande dessinée, la réalité de ce drame au grand public.

> Hors-Collection - 264 pages - Format 19x21 cm - Bichromie
> 22,00 Euros - ISBN 978-2-35212-029-2 - EAN 9782352120292
> Parution : 18 Octobre 2007 - [Dossier de l'ouvrage]




Le 30 octobre, Edmond Baudoin nous parlera d'immigration, au travers du récit Roberto

ROBERTO
par Edmond Baudoin

S’il était né en Italie, le pays de ses parents, Robert se serait appeler Roberto. Mais son père émigra, à Valenciennes, où il devint mineur. Maintenant Robert est à la retraite.
Au travers de ce personnage, Edmond Baudoin nous parle de migrations, de richesse, de pauvreté ; parcourant la vie de ce fils de mineur qui grandit, aima, travailla dans la France des trentes glorieuses.
Aujourd’hui, Robert se rend chez sa fille. Il emprunte le bus dans lequel se trouve Samir, Farid et Roberto. L’auteur developpe alors un slam graphique dans lequel les jeunes se racontent. Ils pourraient être les petits enfants de Robert, alors pourquoi celui-ci ne peut-il s’empêcher de les interpeller et de les réprimander ? Est-il devenu un autre au bout de cette vie de labeur et de respect ? Les liens sont-ils coupés avec les jeunes générations ?

> Couverture cartonnée - Format 19x25 cm
> 36 pages - Noir & blanc - 11,00 Euros
> ISBN 978-2-35212-026-1 - EAN 9782352120261
Parution : 30 Octobre 2007 > [Dossier de l'ouvrage]

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Vendredi 14 septembre 5 14 /09 /Sep 17:59

2 nouveautés en ce mois de septembre chez 6 Pieds sous terre. De l'humour, que de l'humour, oui mais pas le même et c'est là tout le charme. Avec Le roux, nous serons dans la finesse et l'inattendu logique de l'absurde, tandis qu'avec Rayures, nous nagerons dans le délire post-Gonzo, là où les arbres ont des lunettes et où les barbares sont dépressifs.

roux-couv250.gif LE ROUX
par Fabrice Erre

Après Démonax, histoire du plus grand bandit de l'univers paru en mars 2006, Fabrice Erre revient par l'entremise du roux, figure par excellence de la différence que l'on moque par simple faiblesse d'affirmation de soi. Car le monde est cruel et les roux trop roux, au goût de la majorité. Mais qui cultive le plus les idées reçues ? Le roux ou son entourage ? L'auteur ou l'éditeur ? Va t-on flatter les moqueurs afin d'entraîner un acte d'achat ou leur en coller une, symboliquement ? Et quel est le secret du roux (car il en a un) ?

> Format 21x27,5 cm
> Impression bichrome sur offset 170 gr
> Couverture souple bichrome avec rabats
> 56 pages - 13,00 Euros
> ISBN 978-2-35212-027-8 | EAN 9782352120278
> Parution : 20 septembre 2007
Un dossier de l'ouvrage est disponible sur le site de 6 Pïeds





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RAYURES
par B-Gnet

Jean-François, l'éléphant zébré de noir et Honoré le panda sont tous les 2 des espèces en voie de disparition. Et ils le savent trop bien... Voilà qui pourraît le plus limpidement résumer la trame de ce Rayures gonzo et tapageur, où se croiseront dans les plus improbables situations, Koalas adeptes de free-fight, arbre à pouvoirs magiques, lunapar médiéval, barbare dépressif, rocher parlant, trafiquants colombiens et d'autres encore bien pires. B-Gnet excelle dans l'art de l'humour absurde et provocateur, tout le monde en prend pour son grade et c'est tant mieux. L'humour, ça soigne...

> Format 21x27,5 cm
> Impression noir et blanc sur offset 170 gr
> Couverture souple quadri avec rabats
> 64 pages - 13,00 Euros
> ISBN 978-2-35212-028-5 | EAN 9782352120285
> Parution : 20 septembre 2007
Un dossier de l'ouvrage est disponible sur le site de
6 Pïeds

Profitons-en bien pendant qu'il est temps, la situation du petit monde de la bande dessineé semble bien morne, tant du côté des petits éditeurs que du côté des libraires (et même des gros !) et des diffuseurs. Le déferlement optimiste et créatif des années 90 se brisera t-il sur les durs cailloux d'un marché ressemblant étrangement et de plus en plus à une bulle spéculative ? C'est ce que nous saurons dans un prochain épisode (chic, une série !).
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Lundi 20 août 1 20 /08 /Août 19:54
Juste ci-dessous, 4 propositions que nous envoit Ambre pour la couverture de Strates, ouvrage compilants plusieurs dizaines de récits courts publiés ces 15 dernières années dans nombres de fanzines et petites revues (parfois juste tirés à quelques dizaines d'exemplaires). Je suppose que l'on en recevra d'autres bientôt.

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Comment ? Ha non, ça n'est pas là pour que les "lecteurs" choisissent... Vous vous croyez ou ? Vous voulez pas aussi des fins alternatives au choix ? Non, c'est l'auteur et l'éditeur qui choisiront, c'est autant leur métier que leur plaisir et quant on peut combiner les deux, on ne va pas risquer de s'en priver. Laissons la démocratie participative aux politiques, le principe de l'élimination des gens à la télévision (ha oui , quand on y goûte, difficile après de ne pas avoir d'envie de suppression de ses contemporains ou de ses collègues de bureau...). Manquerait plus que ça, de la petite dictature personnalisé appliqué à une oeuvre en cours d'élaboration. Laissons ça à d'autres (Ha mince, on avait dit qu'on en parlerait plus...).
Donc, loin de ses tentatives de partage faux-culs, voici 4 images qui devront représenter 15 ans du travail patient d'un auteur très discret. C'est là que le doute s'installe, les pires turpitudes des sirènes du marketing nous guette, telle image va t-elle être trop sobre, les couleurs de telle autre ne vont-elles pas faire fuir le lecteur volage ? Choisirons-nous la "bonne" ? L'emballage (oui, la couverture est une sorte d'emballage) a son importance dans ces temps de surabondance dans les rayons de nos librairies. Une importance qui pousse à des extrémités que parfois les gens ne peuvent même pas soupçonner. Et ce choix est un luxe que nous nous offrirons à nous-mêmes. Croyez-vous que les revues culturelles, par exemple, laisse encore un directeur artistique s'approcher de la "Une" ? Mais ça fait combien d'années déjà que les commerciaux proposent les fameux packaging "article+encart publicitaire + couverture" (c'est plus cher mais teeeellement valorisant pour le produit qui en a les moyens). Ah oui, vous pensiez pouvoir faire confiance à un choix éditorial de la sorte en presse ? Et dans l'édition au fait ?
Par 6pieds - Publié dans : livres
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